ART, INTERVIEWS, MUSIC

JOUCH, les mots, la musique et le silence.

Julien Rouche décolore les sons et magnifie la mélancolie. Référence graphique et musicale en France, il nous parle de ce qui le pousse chaque jour vers une création qui lui est […]

Julien Rouche décolore les sons et magnifie la mélancolie. Référence graphique et musicale en France, il nous parle de ce qui le pousse chaque jour vers une création qui lui est si nécessaire.

Qui es-tu?
Je suis Jouch, graphiste et directeur artistique freelance depuis 13 ans, et également musicien au sein des projets Naïve, Agora Fidelio et Phantom Status. Il parait même que je suis sympa et avenant.

Que fais-tu de mieux.
J’aimerais répondre par une liste longue comme le bras et exhaustive mais ça n’est pas gagné. Je dirais que je pense bien faire mon travail, et écrire des mélodies avec une guitare. Humainement parlant, je pense que la chose que je fais le mieux est d’écouter. Les gens, les mots, la musique, le silence.

Jouch_Interview_Caffeine_Magazine_01

Qu’est-ce qui t’apporte la plus grande satisfaction en tant que graphiste / directeur artistique?
J’aime créer, comme toute personne qui travaille dans la création, c’est un fait. Mais je crois que je tente toujours de me mettre à la place de celui ou celle pour qui je travaille. J’essaie de faire en sorte de satisfaire l’autre au maximum, de deviner ce qui fera mouche au final. Et j’aime cette quête. J’aime l’idée de surprendre et en même temps d’aller pile dans ce que le client rêvait de voir prendre forme sous ses yeux. C’est un peu ça le défi. Et c’est ce que j’aime dans mon métier. Du coup créer une pochette de disque reste le top pour moi, dans la mesure ou on a une grande marge de manoeuvre que le travail plus “corporate” n’offre parfois pas, et surtout ça associe mes deux passions, visuelle et musicale, dans une seule et même démarche.

Qu’est-ce qui t’apporte la plus grande satisfaction en tant que musicien?
Je crois que l’idée même de procurer une émotion, quelle qu’elle soit, par la musique à quelqu’un est une chose totalement jouissive. J’aime l’idée que l’auditeur va pouvoir recréer lui même et inconsciemment (dans le cas ou c’est bien composé) l’émotion de départ d’une chanson rien qu’en l’écoutant chez lui. Je suis avide de tout ce que peut apporter l’écoute d’une chanson. Surtout quand c’est plutôt mélancolique, introspectif, nostalgique. Je reste assez mal à l’aise avec les compliments, mais ce serait mentir de dire que je n’aime pas ça. C’est toujours très flatteur, et un sacré carburant, quand quelqu’un vient te dire que ta musique lui fait de l’effet… Je crois aussi que ce que j’aime dans la musique c’est que ça me permet d’exprimer ce que je serais incapable d’exprimer autrement. Et je trouverai toujours magique qu’un moyen (sonore) puisse fabriquer autre chose en passant par les oreilles et le cerveaux. Des idées, des souvenirs, des émotions… Bref, sans musique, je disparaitrais.

Jouch_Interview_Caffeine_Magazine_02

Trouves-tu des similitudes entre le métier de graphiste et le monde de la musique?
Totalement. Tout part de l’envie de voir prendre forme quelquechose que l’on a en soi. Et l’envie de pouvoir en jouir une fois que la création est faite. La recherche d’une émotion encore une fois reste un leitmotiv. Le besoin de diffuser cette ou ces émotions aussi. C’est sans doute en ça paradoxalement qu’il faut à la fois beaucoup d’humilité et un peu d’égo pour réussir à composer ou créer des visuels. Quoi qu’il en soit dans les deux cas je ressens un besoin. Créer de l’image ou du son m’est vital. Rarement au même moment, mais c’est complémentaire.

Combien d’heures de sommeil par nuit / Combien de cafés par jour?
Pas assez malheureusement, et trop. En général je dors au maximum 5 heures par nuit. Et ma consommation de café oscille entre une et deux cafetières par jour… Concrètement si je ne suis pas chez moi, je ne refuse jamais un café. Quelle que soit l’heure ou le lieu. Peu importe. En revanche, jamais de sucre. Surtout pas. Hérésie. Un peu comme mettre du sirop de pêche dans de la bière ^^

Jouch_Interview_Caffeine_Magazine_04
Raconte nous une journée type.Jouch_Interview_Caffeine_Magazine_07

Une journée type démarre vers 8h. Je travaille souvent chez moi donc je prends cet exemple. Je me douche et démarre directement le cataclysme caféiné. J’allume directement mon ordinateur, fais un tour “sérieux” du net basé sur l’info et termine par un tour plus dispensable sur ces merveilleux réseaux sociaux et autres joyeusetés. Je termine mon café. Normalement la musique tourne déjà et je suis au troisième calin avec le chat. Je rouvre mes projets de la veille pour revoir tout ça à tête reposée. Je laisse ouvert ce qui me semble encore trop en friche ou ce sur quoi j’ai envie de revenir plus tard. Je bois du café. En général je commence réellement à travailler vers 9h30. Le chat revient. Je bosse tête dans le guidon jusqu’à midi. Le chat revient et miaule. Je reprends un café. A midi je recommence à faire n’importe quoi de bien inutile sur le net et vers midi et demie je commence à me demander ce que je vais manger. Le tout en allumant la télé avec toujours la musique en fond. j’ai besoin de bruit de fond. Le chat revient à la charge. Je me fais à manger très vite fait ou je sors manger un truc ailleurs. Je finis par un café. Je me remets au boulot entre 13h30 et 14h pétantes, je suis très à cheval sur cette heure là. Je bosse tout l’après midi mais beaucoup plus détendu en faisant plein de pauses. J’en ai besoin. Il m’arrive fréquemment de faire une sieste, dont j’ai vraiment besoin. Je prends un café. Le chat aussi. Je passe tous les coups de fil aux alentours de 15h30 en général. Je prends un café. Aux alentours de 17h démarre la phase ou je suis le plus productif et le plus inarrêtable. Du moins quand je bosse à la maison. Je continue comme ça jusqu’à en général 20h. Le chat refait du café. Mais j’en veux plus, il est l’heure de manger. Et 8 fois sur 10, je repars bosser quelquepart entre le repas et la fin de soirée. Sauf quand bien sûr autre chose est prévu. Mais j’ai la chance d’avoir un boulot que j’aime et que j’ai choisi. Du coup à moins d’être épuisé ou occupé à autre chose, j’ai toujours envie de m’y remettre. Constamment. Le chat a du mal à dormir.

Alleluia! Tu n’as jamais pas envie de travailler? C’est ça le secret? Un chat secrétaire?
Si j’avoue que ça arrive. Ca dépend pas mal de la fatigue et du manque d’inspiration. Mais pas plus
tard qu’hier un ami me disait qu’il ne croyait pas en l’inspiration. Uniquement en la motivation. C’est peut être ça le problème, parfois la motivation manque. Après tout le coeur et le cerveau peuvent se fatiguer aussi et ont besoin de se poser… Mais j’avoue, c’est rare. j’ai souvent le corps fatigué, rarement le cerveau… Quant au chat je vais lui proposer un changement de poste. Il est bien trop bruyant et surtout ne tient pas assez le café.

Jouch_Interview_Caffeine_Magazine_03

Dis moi quelle est la pochette de disque dont tu es le plus fier, où se serait accomplie l’équation surprise/dans le mille et que tu regardes comme un papa heureux.
Je crois que je vais te décevoir mais je ne peux pas y répondre. C’est comme avoir une chanson préférée. C’est impossible pour moi. Chaque pochette est tellement ancrée dans un contexte, une époque… Je reste malgré tout extrêmement fier de deux pochettes que j’ai finalement réalisées pour mes propres groupes. La pochette d’Altitude Zero pour Agora Fidelio, qui a je crois marqué les esprits et a surtout marqué le point de départ de ma démarche permanente de recherche de simplicité, d’épuration. Une belle photo avec la bonne typographie et le bon placement vaudra toujours à mes yeux mille fois tous les boulots ultra complexes et remplis de détails. Celle d’Illuminatis pour Naïve ensuite. J’y ai passé des milliards d’heures. (Sens de la mesure). Mais tout le monde m’en parle. Sans cesse. Elle a visiblement aussi marqué plein de gens. Et je l’aime toujours autant quand je la regarde. Sinon je suis assez fier du cheminement et du résultat de mon travail avec Sidilarsen sur la plupart des albums sur lesquels on a collaboré jusqu’ici.

Même question avec un morceau, pas un disque, un morceau.
Aaaaaaargh. Je crois que tu as la réponse plus haut. Mais bon si je devais en choisir un dans ce que j’ai composé, encore une fois je choisirais Altitude Zero d’Agora Fidelio. Ce morceau reste mon plus beau bébé je crois. Encore une fois les gens m’en parlent encore souvent aujourd’hui. Un des plus beaux compliments qu’on m’ait fait était à propos de cette chanson. Une personne m’a dit un jour après un concert “J’aurais aimé tomber amoureux sur ce morceau”. Je crois que là le but est atteint. Ah et aussi Yshbel de Naïve je pense.

Jouch_Interview_Caffeine_Magazine_05

Quel es le projet qui te tienne le plus a coeur en ce moment?
Il y en a toujours des tonnes à vrai dire. Le problème c’est les projets, quand tu en manques, mais aussi quand tu en as trop ! Je suis toujours très pris par la musique, mais cette année je me dirige vers l’apprentissage du tatouage. J’en ai eu très jeune, ça m’a toujours passionné, j’ai toujours dessiné, et j’ai depuis bien longtemps envie de passer de l’autre côté des aiguilles. Je ne sais pas si on peut parler de légitimité mais avec mes études et mon travail je pense avoir l’oeil aiguisé et le sens du détail, nécessaires pour piquer correctement de belles pièces. Ce n’est pour l’instant qu’un projet donc, mais je voudrais tout mettre en oeuvre pour glisser doucement vers là… J’aime toujours autant mon boulot, mais j’ai sans doute envie et besoin d’écrire un nouveau morceau de mon histoire à moi.

***
www.jouch.com

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *